Haïti

Description du pays

Capitale : Port-au-Prince (942 000 habitants en 2012)
Carte Haiti Superficie : 27 750 km² 
Population : 10 millions d'habitants (2015)
Peuples et ethnies : créoles à 98%, autres 2% (Européens, Arabes, Chinois)
Langues : créole haïtien et français
Religion: 80% de catholiques, montée des protestants, cultures vaudou
Institution politique: république
Président : Michel Martelly (depuis 2011 jsqu'en 2016)  

La République d'Haïti est un état situé dans la partie ouest de l'Île d'Haïti (aussi appelée l'Île d'Hispaniola), qu'il partage avec la République Dominicaine, située dans la partie Est. Il s'agit de la seconde plus grande île des Grandes Antilles après Cuba. Haïti est bordée par l'Atlantique et la mer des Caraïbes et se localise près de Cuba et de la Jamaïque. Le pays comprend également de plus petites îles qui entourent son territoire. Le paysage est essentiellement montagneux et le plus haut sommet d'Haïti est le Pic de la Selle, qui s'élève à plus de 2600 mètres. Le climat est de type tropical humide et connaît deux grandes saisons : la saison des pluies (d'avril à juin puis d'octobre à novembre) puis la saison des ouragans qui dure de juin jusqu'à fin novembre.

Le pays est divisé en 19 départements. Il est estimé que la diaspora haïtienne compte environ 2 millions d'Haïtiens vivant en dehors du pays. Port-au-Prince, qui est la plus grande agglomération et la capitale, se situe au fond du Golfe de la Gonâve. Les autres agglomérations, bien plus petites, sont Cap-Haïtien, Les Cayes et Les Gonaïves. 

Haïti dispose de nombreuses ressources naturelles telles que la bauxite, le cuivre et l'hydroélectricité. Cependant, l'agriculture est le secteur qui emploie l'essentiel de la main-d'œuvre, soit plus des deux tiers de la population en âge de travailler. Les exploitations agricoles consistent en des fermes de subsistance aux petites dimensions où le café, le cacao, le sisal, le coton et les mangues constituent les principales exportations. L'explosion démographique et le manque de compétitivité par rapport aux produits importés ont beaucoup affaibli ce secteur dont la production se retrouve essentiellement destinée au marché intérieur. La dégradation environnementale en Haïti est un problème important : la forêt continue de disparaître au rythme de 4% par an pour cause de grands déboisements et des pratiques agricoles. Cependant, la biodiversité reste encore riche et des programmes de reboisement sont en cours avec une sensibilisation croissante de la société civile. 

Suite à la révolte des esclaves en 1791, Haïti devient la première république indépendante de population majoritairement noire en 1804. Il s'agit aussi du seul pays francophone indépendant des Caraïbes. Ses deux langues officielles sont le français et, depuis 1961, le créole haïtien. Dans son histoire récente, Haïti a surtout été marqué par des régimes autoritaires à répétition comme celui de François Duvalier, surnommé « Papa Doc », dont le mandat s'est étendu de 1957 à 1971 et s'est caractérisé par une répression violente et une corruption généralisée. Une minorité a pu s'enrichir au détriment du reste de la population et la stabilité de ce régime reposait sur des milices privées appelées les « tontons macoutes », connus pour leurs nombreuses violations des droits de l'homme. Le « mascoutisme » désigne désormais un régime corrompu et autoritaire qui va faire appel au terrorisme et à la répression afin d'étouffer une éventuelle opposition. Le règne de François Duvalier s'arrêta à sa mort, mais la succession fut assurée par son fils, Jean-Claude Duvalier ou « Bébé Doc », qui fut grandement critiqué pour son mode de vie aisé et ostentatoire, en décalage avec la réalité de la majorité des Haïtiens. Les actes qu'il a commis durant son mandat furent qualifiés de « crimes contre l'humanité », mais il mourut avant d'être jugé en 2014. À la chute de la dictature duvaliériste, la vie politique à Haïti fut marquée par une instabilité et une violence généralisée, bien que des élections compétitives soient en place depuis les années 1990. La légitimité de plusieurs présidents, comme Michel Martelly élu en 2011, est souvent remise en cause. D'importantes manifestations réprimées en 2014 avaient pour but d'accuser le non-respect des valeurs de la démocratie et les relations que Martelly entretient avec d'anciens alliés de Duvalier.

Haïti est souvent classé parmi les pays les plus pauvres économiquement sur la planète. En 2012, 58,5% de la population totale vivait en-dessous du seuil de pauvreté. Pour la même année, Haïti était classé 161ème sur 187 pays dans le classement de l'IDH dans le monde. Le pays a connu le colonialisme européen pendant une longue partie de son histoire et de nombreuses occupations par les États-Unis. Haïti a souvent été qualifiée d' « île maudite » à cause de ses régimes autoritaires, de ses graves problèmes de santé publique, de la sous-scolarisation de sa population et de la faible croissance économique. L'île est régulièrement touchée par des tempêtes ou des tremblements de terre comme celui de 2010, qui a causé environ 300 000 morts et autant de blessés avec en plus un million de personnes sans toit. Les structures de l'État et les institutions en ont aussi souffert, car ils étaient très peu préparés à affronter une catastrophe de cette envergure. Haïti est depuis très dépendante de l'aide internationale humanitaire afin de pourvoir des services publics de base. 

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État de la situation des jeunes en contexte de rue en Haïti

Selon le recensement de l'Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique, plus de la moitié de la population est âgée de moins de 21 ans et environ 30% est âgée de 15 à 25 ans. Les jeunes et les adolescents représentent donc une force considérable pour le développement du pays, mais aussi un groupe vulnérable face au dysfonctionnement des secteurs social et économique. 

Selon les données d'un recensement effectué par Aide Médicale Internationale (AMI), il y aurait environ 3 400 enfants qui vivent dans la rue à Port-au-Prince en 2011, ce qui constitue une augmentation de 55% depuis 2006, notamment dû au tremblement de terre de 2010, qui a laissé de nombreux jeunes et enfants sans logement ou orphelins. Une grande partie de ces jeunes et enfants n'ont pas d'acte de naissance et ne disposent donc d'aucune reconnaissance vis-à-vis de la justice ou de la loi. La majorité des enfants et jeunes des rues à Port-au-Prince sont des garçons (89% contre 11% de filles) et leur moyenne d'âge se situe à 15 ans. 43% d'entre eux ont entre 14 et 17 ans et 33% ont seulement entre 8 et 13 ans. Dans le recensement effectué par l'AMI, la moyenne des enfants et jeunes interrogés vivent dans la rue depuis environ 4 ans, bien que ce chiffre peut s'élever jusqu'à 10 ans pour certains.

Le tremblement de terre de 2010 a touché un million d'enfants et entraîné davantage de jeunes et d'enfants dans la rue, notamment à Port-au-Prince: la proportion de ces jeunes et enfants de rue vivant dans la capitale qui ont moins de 14 ans est maintenant beaucoup plus grande (65% après le séisme contre 25% avant 2010) et la part des filles a également augmenté de 10% en l'espace de très peu de temps. Le séisme a eu des conséquences directes sur les enfants et jeunes d'Haïti (perte de logement, mort des parents ou des proches, destruction des écoles), mais aussi indirectes (ex: adoption internationale des Haïtiens victimes du tremblement de terre, ce qui a amené des enlèvements d'enfants qui ont parfois encore de la famille dans le but de les faire adopter et de gagner de l'argent). 

Les adolescents privés d'appui familial courent souvent le risque de se retrouver à vivre dans la rue ou de s'associer aux bandes armées qui demeurent une forte réalité en Haïti. Cette situation expose alors ces jeunes à entrer en conflit avec la loi ou les forces de l'ordre. Les enfants et les jeunes pour qui la rue est devenue un quotidien se retrouvent souvent dispersés dans des cellules d'appartenance appelées « base ». C'est dans ces espaces que les jeunes et enfants mangent, dorment, socialisent et pratiquent les activités qui leur permettent de survivre (trafic de drogues, prostitution, vol, lavage et surveillance de voitures). Ces « bases » sont des lieux de refuge pour ces jeunes et enfants comme le dit cette expression en créole : « Yonbaz se bwadeyebanan tout negkiladann » (« La base est le support de celui qui en fait partie »). Ces enfants et jeunes s'attachent ainsi à ces cellules et aux personnes qui en sont membres, ce qui peut rendre une réinsertion dans la vie hors de la rue d'autant plus difficile. D'où l'intérêt d'accompagner ces jeunes et enfants tout au long de leur processus d'évolution.

En Haïti, comme c'est aussi le cas ailleurs dans le monde, les enfants les plus pauvres sont souvent issus de la campagne et sont peu ou pas du tout scolarisés. D'après des statistiques de l'UNICEF (2008 à 2012), parmi les enfants en âge de fréquenter le primaire, le taux de participation est en moyenne de 76% contre environ 25% pour l'école secondaire. Le taux d'abandon scolaire des adolescents et jeunes en Haïti est très élevé, car les  familles sont dans l'incapacité de financer les études de leurs enfants sur une longue période. Une autre partie des jeunes ont dépassé l'âge normal de scolarisation au moment de leur première entrée à l'école, ce qui affecte leurs capacités d'intégration et de concentration. Parallèlement, le marché du travail stagne et une grande majorité des jeunes, surtout des jeunes filles, se retrouvent à travailler dans le secteur informel, la plupart dans des conditions qui ne garantissent pas la protection de leurs droits et leur développement vers l'âge adulte.

Le travail des enfants est assez répandu en Haïti. 25% des enfants ont connu une forme de travail quelconque entre 2002 et 2012. Selon un reportage de l'Organisation internationale du travail, on estime qu'il y aurait environ 225 000 enfants domestiques qui se font appelés péjorativement les « restavec » (soit littéralement « rester avec »). Il s'agit d'une dénomination très dégradante dans la société haïtienne. Ce phénomène de travail domestique est très fréquent en Haïti et touche en priorité les filles de 5 à 17 ans. Des parents, vivant souvent à la campagne, envoient leurs enfants dans des familles plus aisées afin que ceux-ci travaillent en tant qu'aides domestiques et permettent ainsi aux parents de gagner un peu d'argent pour vivre mieux. Des intermédiaires sont même rémunérés pour trouver des restavec pour les familles d'accueil. La journée moyenne est de 10 à 14 heures. Il s'agit d'une forme terrible d'esclavage où l'enfant se fait souvent abusé physiquement, verbalement ou sexuellement, en plus de subir de longues heures de travail tout en vivant exclu de la vie familiale (les enfants domestiques se lèvent souvent avant tout le monde pour commencer la journée, ne mangent pas en compagnie de la famille et se nourrissent principalement des restes). Cette forme d'esclavage a fait l'objet de plusieurs sensibilisations du gouvernement lorsque celui-ci a notamment ratifié la « Convention de l'Organisation internationale du travail pour l'élimination des pires formes de travail des enfants » ou lors du lancement de la campagne « Frennen Sistem Restavèk » (« En finir avec le système restavec ») en 2012,  qui correspond à une association entre le gouvernement, la société civile, le secteur privé et des partenaires internationaux dans l'objectif d'éliminer ce phénomène. 

Depuis quelques temps, Haïti a entrepris des initiatives pour assurer aux enfants un plus grand respect de leurs droits. L'UNICEF appuie le gouvernement haïtien pour la prise en charge de tous les petits enfants afin qu'ils bénéficient de services adaptés à leurs besoins et à leurs droits en vue d'en faire de futurs citoyens actifs dans le développement de leur pays. Un Plan national de protection de l'enfant vulnérable, élaboré par l'UNICEF conjointement avec le gouvernement haïtien, a aussi pour but d'assurer les services basiques aux enfants en situation de rue selon les axes de la santé et de la nutrition, l'éducation et la réinsertion. Ces dernières années, grâce à l'aide de la communauté internationale, on a noté une amélioration de la couverture nationale des services aux adolescents et aux jeunes, surtout dans le cadre de la santé reproductive. D'autres améliorations sont à noter notamment au niveau du taux de mortalité des moins de 5 ans qui est passé de 105 pour 1000 naissances en 2000 à 76 en 2012. Toutefois, ces efforts restent encore insuffisants face aux problèmes quotidiens des enfants et jeunes haïtiens et ces initiatives doivent donc être poursuivies. 

 

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