Enfants de la rue

Saviez-vous que presque la moitié des gens sur la planète a moins de trente ans?

Le Sud est constamment en expansion démographique, particulièrement l'Afrique et l'Asie. C’est aussi dans cette partie du monde que l’on retrouve le plus de pauvreté, d’enfants souffrant de malnutrition et une éducation déficiente... lorsqu'elle est accessible. On estime à un milliard le nombre de personnes qui vivent dans des habitations précaires, dans des bidonvilles. L’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine sont les berceaux d’une réalité qui affecte des milliers d'enfants et qui dépasse toute logique.

L’UNICEF estime à 2.2 milliards le nombre d’enfants dans le monde. De ceux-ci, 1,9 milliards vivent dans les pays en développement et 600 millions sont victimes de la pauvreté. Les conditions de vie et d’hygiène des bidonvilles dans lesquels beaucoup grandissent ne permettent pas à 160 millions d’enfants de manger à leur faim. L’éducation est encore aujourd'hui inaccessible à 130 millions d’enfants. Il n’est pas surprenant de constater que, dans ce contexte, 250 millions d’enfants travaillent, bien souvent à partir d'un très jeune âge, dans toutes sortes de métiers informels, pour subvenir aux besoins de leur famille ou pour survivre. Ils travaillent dans les mines et les manufactures, ils sont cireurs de chaussures, vendeurs de bonbons, de fruits, de cigarettes ou des enfants recycleurs travaillant dans les dépotoirs, etc. De ces 250 millions d'enfants, 44% sont des jeunes filles âgées entre 4 et 14 ans.

Il y aurait 50 000 enfants et adolescents touchés par les 50 conflits mondiaux actuels et affectés par les maladies. L’Afrique est particulièrement touchée par l’épidémie du SIDA; ce sont 14 millions d’enfants de moins de 15 ans qui ont perdu un ou deux de leurs parents à cause de cette maladie. D’ici 2010, on prévoit que 25 millions d’enfants se retrouveront orphelins si rien n’est fait pour arrêter l’épidémie.

Les enfants et les jeunes de la rue sont le reflet des sociétés dans lesquelles nous vivons. La pauvreté, la maladie, l’absence d’éducation, les guerres et le travail des enfants sont tous des facteurs qui précipitent à chaque année des milliers d’enfants vers des milieux autres que celui de leur famille. L’âge d’arrivée dans la rue de ces enfants varie entre 5 et 16 ans. Il n’est pas rare qu’ils y survivent plusieurs mois,voire plusieurs années. La rue devient leur maison puisqu’ils ont dû fuir la leur. Ils s’y retrouvent parfois aussi en famille (un frère et une sœur,etc.).

Le monde compte, selon l’UNICEF, pas moins de 100 millions de ces enfants et jeunes vivant et dormant dans les rues, parcs et bâtiments désaffectés, cherchant un peu de chaleur, de réconfort et de sécurité. Les continents les plus touchés par ce phénomène sont l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine. Cette dernière compte à elle seule 30 millions de ces jeunes. Dans plusieurs pays comme la Colombie, le Brésil et le Guatemala, des groupes paramilitaires éliminent encore ces enfants qui n’ont pas choisi la rue pour vivre, mais qui s'y sont retrouvés par la force des choses.

Les conditions de vie dans lesquelles survivent ces jeunes sont conséquentes des structures sociales, économiques, politiques et religieuses de nos sociétés. Les réformes agraires, les politiques néo-libérales, les contraintes imposées par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI), le conservatisme de nombreux états et leur mutisme face à la situation de leur jeunesse sont des causes directes de l’appauvrissement des populations du monde.

Le Canada ne transige pas actuellement le pourcentage qu’il avait promis d'accorder pour l’aide internationale. Pourtant, les mines canadiennes, qui détiennent un grand nombre de productions minières en Amérique latine, affichent des profits plus qu’importants, suffisamment pour vouloir déplacer des femmes et des enfants dans le Petén au Guatemala, après 25 ans…

Bien que nos sociétés modernes ne soient pas épargnées par ce phénomène (150 000 personnes itinérantes au Canada), l’âge et les conditions de vie dans lesquelles baignent ces enfants de l’Autre Monde montrent un portrait très différent de celui auquel nous sommes habitués.

La rue, pour ces enfants, c’est leur milieu de socialisation, leur maison (un parc, un coin de rue), leur terrain de jeux. Ils y survivent comme une famille puisqu’ils ont quitté la leur ou l’ont fui depuis déjà longtemps. Ils ont 5,10 ou 17 ans. Ce qui les unit, c’est le monde dans lequel ils vivent qui n’a pu leur laisser la chance d’être simplement des enfants. Ils sont là depuis quelques jours à quelques années et habitent ces espaces comme nous habitons nos maisons. La vie dans la rue, c’est un parcours sinueux où la tristesse, la solitude et le rejet font partie du quotidien. Ils ne sont que des enfants et malgré leurs conditions de vie et leur âge, ils partagent et s’entraident. Dans la rue, c’est aussi la joie, l’espoir et la sagesse que l’on retrouve en ayant le privilège de les côtoyer.